De plus en plus de jeunes passent des heures sur TikTok et Instagram, confrontés sans cesse à des images de catastrophes écologiques, de forêts en feu, ou de glaciers qui fondent. Beaucoup d’entre eux s’engagent ou s’inquiètent pour le climat grâce à des mouvements comme Fridays for Future ou Make My Planet Great Again. Mais certains adolescents montrent aussi des signes évidents de mal-être face à ce flux d’informations anxiogènes.
Les réseaux sociaux, amplificateurs de l’inquiétude climatique chez les adolescents
De nombreux adolescents reçus en consultation disent vivre presque toute leur journée en ligne. Par exemple, Léa, 14 ans, témoigne passer en moyenne 8 à 10 heures sur son téléphone, notamment sur TikTok, où elle suit les comptes de On Est Prêt, Génération Climat ou Greenpeace. Ces organisations publient régulièrement des vidéos qui s’adressent directement à la jeunesse, les appelant à agir pour la planète. Mais, à force d’être exposée à tant de mauvaises nouvelles, Léa a fini par se replier sur elle-même et évite désormais de sortir. Cela illustre l’éco-anxiété qui prend de l’ampleur.
Des différences majeures entre filles et garçons face aux contenus écologiques
Les psychologues observent des différences selon le genre. Les filles utilisent souvent TikTok et Instagram pour suivre des militant·e·s issus de mouvements comme Extinction Rebellion ou Youth for Climate. Elles publient leurs propres vidéos, partagent leurs peurs, et s’auto-analysent en public. Ce fonctionnement peut conduire à un repli sur soi, à des comportements d’auto-agression ou à l’isolement, souvent amplifiés par certains contenus mis en avant par les algorithmes des plateformes.
Chez les garçons, les applications préférées sont souvent orientées vers les jeux vidéo en ligne, comme Twitch ou Discord, mais ils ne sont pas épargnés par cette anxiété. Parfois, ils partagent leur stress en temps réel, commentent l’actualité climatique, ou débattent via des groupes liés à UZR (Usbek & Rica) ou à Greenpeace. Les crises d’angoisse peuvent alors se traduire différemment, notamment par une agitation ou un décrochage scolaire.
Quand l’information devient obsession : entre addiction et détérioration de la santé mentale
L’un des risques majeurs est l’addiction. Selon les professionnels, comme la psychologue Sabine Duflo, certains adolescents deviennent incapables de décrocher. Un exemple concret : Gabriel, 15 ans, n’arrive plus à dormir sans consulter son fil Instagram, qui lui propose constamment des informations sur le réchauffement climatique partagées par des groupes tels que Génération Climat ou On Est Prêt. Résultat : son sommeil est perturbé, il est fatigué en cours et son anxiété augmente.
Les familles décrivent parfois des situations extrêmes, où l’adolescent coupe progressivement tout lien avec sa vie d’avant : il ne voit plus ses amis, néglige sa scolarité, et n’a de contact qu’avec des communautés militantes ou alarmistes sur les réseaux sociaux. Pour certains, l’unique solution passe alors par un vrai sevrage numérique, comme l’utilisation d’un téléphone sans Internet ou une limitation stricte de l’accès aux réseaux.
L’engagement militant en ligne, nouveau moteur mais aussi source de stress
Cependant, l’impact n’est pas toujours négatif. Pour d’autres jeunes, rejoindre des actions portées par Fridays for Future ou Extinction Rebellion via Instagram devient une façon de reprendre le contrôle. Par exemple, Inès a trouvé du réconfort et un sentiment d’utilité en organisant une collecte de déchets avec ses amis, après avoir vu plusieurs vidéos inspirantes publiées par Make My Planet Great Again ou On Est Prêt. Cette dynamique transforme souvent l’angoisse en énergie positive.
Finalement, tout est une question d’équilibre : l’information et l’engagement sur les réseaux peuvent motiver la jeunesse à agir pour l’environnement, mais la surexposition à des contenus anxiogènes alimente parfois une éco-panique grandissante. Il reste essentiel d’apprendre à réguler ses usages et à se reconnecter à la vie réelle pour préserver sa santé mentale.
