Le Pass Culture fait couler beaucoup d’encre en France. Plébiscité par une partie des jeunes et soutenu par le Ministère de la Culture, ce dispositif numérique promet d’ouvrir les portes de la culture grâce à 300 euros offerts aux 15-20 ans. Pourtant, à l’heure où l’application bat des records d’abonnements, les critiques s’intensifient : est-ce vraiment un outil de démocratisation culturelle, ou juste un gadget coûteux et inégalitaire ? Les chiffres, les usages et l’exemple d’acteurs comme Fnac, Ticketmaster, le Louvre ou Gallimard permettent d’y voir plus clair sur ses limites et ses promesses.
Un dispositif innovant mais des inégalités persistantes
Le succès du Pass Culture tient dans sa simplicité : une appli, un crédit à dépenser chez des partenaires variés comme UGC, La Villette, ou encore sur les plateformes comme Deezer. Mais toutes les familles ne profitent pas de la même manière de cette opportunité. Par exemple, Lila, 17 ans, dont les parents travaillent à la France Culture et fréquentent souvent les musées, a utilisé l’ensemble de son crédit pour acheter des livres chez Gallimard et des billets pour le Louvre. À l’inverse, Yann, fils d’ouvriers, a eu du mal à s’orienter dans l’application et n’a utilisé qu’une partie de la somme, principalement sur Fnac pour acheter des jeux vidéo. Selon un rapport récent, seuls 67 % des jeunes issus de familles moins diplômées utilisent réellement l’application, contre 87 % chez les enfants de diplômés du supérieur.
Échec ou reflet des difficultés des institutions culturelles ?
Les musées et grandes institutions souffrent eux-mêmes d’un manque de diversité de leur public. En 2018, on comptait presque quatre fois plus de diplômés parmi les visiteurs réguliers du Louvre que de jeunes sans diplôme. Le Pass Culture ne fait donc qu’amplifier un phénomène déjà existant, sans le résoudre totalement. Cependant, il offre aux jeunes des moyens d’y remédier à leur échelle, en démocratisant la démarche d’achat culturel.
Des impacts concrets sur la lecture et la découverte culturelle
Contrairement aux inquiétudes liées à la baisse de la lecture chez les jeunes, le Pass Culture montre un effet positif : 71 % des choix effectués concernent des livres, grâce à une sélection variée disponible chez Gallimard ou Fnac. Par exemple, Inès, 18 ans, raconte avoir découvert de nouveaux auteurs grâce à ses achats, tandis que Tom a profité de concerts via Ticketmaster et d’ateliers créatifs à La Villette. Beaucoup ne seraient jamais allés seuls dans une librairie ou n’auraient pas acheté de billets de spectacles sans cette incitation financière.
Une révolution numérique à encadrer
L’aspect dématérialisé du Pass Culture pose question : de nombreux jeunes ou parents peinent à s’approprier l’outil, en particulier hors des grandes villes. Cela rappelle l’enjeu de l’illectronisme : plus de 15 % des adultes en France rencontrent des difficultés avec les services en ligne. Face à cela, des libraires et médiateurs culturels innovent en proposant des ateliers d’accompagnement pour naviguer sur l’application, comme à La Villette ou dans certaines médiathèques partenaires.
Vers une nouvelle dynamique entre jeunes et institutions culturelles
Le Pass Culture change la manière dont les jeunes consomment la culture : ils choisissent eux-mêmes, sans passer obligatoirement par l’école ou leurs parents. Par exemple, des abonnements à Deezer ou des places pour l’avant-première d’un film UGC deviennent soudain accessibles. Cette liberté de choix bouscule les institutions qui, parfois, peinent à se positionner dans ce nouveau paysage. Certaines, comme le Louvre, multiplient les partenariats ou les offres spéciales pour mieux attirer ce public connecté.
Vers une culture numérique plus inclusive
Pour que le Pass Culture serve réellement la démocratisation, tout l’enjeu réside dans l’accompagnement de l’offre et dans l’apprentissage du numérique. Par exemple, des alliances locales avec les librairies Gallimard ou des spectateurs guidés par le personnel de La Villette peuvent aider à transformer le simple « clic » en vrai projet culturel. La réflexion sur cette médiation et sur la formation au numérique, portée par le Ministère de la Culture, devra se poursuivre.
